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Jan 07
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Un dollar par jour. Que savons-nous de la pauvreté dans le monde ?

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Un dollar par jour. Que savons-nous de la pauvreté dans le monde ?
par Thomas Pogge

Depuis douze ans, la Banque Mondiale fournit régulièrement des statistiques sur l'étendue, la répartition géographique et l'évolution de l'extrême pauvreté. Ces statistiques sont mille fois citées et utilisées comme des faits. L'ONU s'en sert pour démontrer de prétendus progrès dans la voie du premier « objectif de développement du millénaire » qui vise à réduire de moitié la pauvreté dans le monde de 1990 à 2015.

Or les méthodes de calcul de la Banque Mondiale sont extrêmement douteuses. Il y a des raisons de penser qu'avec une méthode plus plausible on observerait une tendance plus négative et une pauvreté beaucoup plus étendue. La Banque Mondiale définit la pauvreté par le pouvoir d'achat que procure une certaine somme en dollars durant une année donnée (« année de référence »). Elle détermine cette somme selon les seuils de pauvreté domestique déjà en usage dans les différents pays étudiés. Elle a d'abord choisi le seuil de pauvreté intérieur le « plus typique » pour les pays en développement, défini par un budget mensuel par personne possédant un pouvoir d'achat équivalent à celui de 31 dollars aux Etats-Unis en 1985. Plus tard, ce montant fut arrondi vers le bas à 30,42$, soit « un dollar par jour ».

Pour appliquer sa définition, la Banque Mondiale convertit d'abord ce seuil de pauvreté défini en dollars dans d'autres devises et le transpose ensuite de l'année de référence (1985) à d'autres années. Son procédé pour opérer cette double conversion est extrêmement problématique.

Pour la première conversion, la Banque Mondiale utilise les parités de pouvoir d'achat publiées régulièrement par l'International Comparison Program (ICP). Selon le pays en développement en question, ces parités sont trois à sept fois supérieures aux taux de change correspondants. La Banque Mondiale part donc de l'hypothèse selon laquelle, dans les pays en développement, on peut acheter avec 4,50 à 10$ autant qu'avec 30,42$ aux Etats-Unis.

Cette hypothèse est pourtant intenable. Le rapport entre les prix dans les pays riches et les prix dans les pays pauvres varie énormément selon les marchandises. Les prix des biens facilement négociables par-delà les frontières sont à peu près les mêmes dans tous les pays. Les biens et les services que l'on ne peut exporter facilement peuvent coûter dans les pays riches jusqu'à cent fois plus que dans les pays pauvres. Lorsque l'ICP fixe le pouvoir d'achat de la roupie indienne à 5,3 fois son taux de change par rapport au dollar, l'ICP fournit donc une valeur moyenne dans le calcul de laquelle, en gros, chaque marchandise est prise en considération selon sa part moyenne dans la consommation domestique. Ceci est judicieux lorsqu'on veut comparer le PNB de l'Inde à celui des Etats-Unis. Pour ce faire, on estime par exemple que les biens et prestations de service produits en Inde en 2001 et qui y ont coûté 460 milliards de dollars au total, auraient coûté aux USA 2450 milliards de dollars.

C'est toutefois commettre une erreur grave que de multiplier les revenus des Hindous pauvres par cette valeur moyenne de 5,3. Car la consommation des pauvres ne reflète pas la consommation mondiale, mais se concentre sur les produits alimentaires de base et autres produits de nécessité vitaux. Ceux-ci sont certes meilleur marché dans les pays pauvres, mais leur prix n'est de loin pas aussi modique que ne le suggèrent les parités de pouvoir d'achat établies par l'ICP. La raison en est évidente. Ce n'est pas pour les prestations de service non exportables qu'il existe les plus grandes différences de prix entre pays riches et pays pauvres. Dans les pays très pauvres, on peut obtenir une aide ménagère, un chauffeur ou une coupe de cheveux pour seulement un centième de nos tarifs. Des différences de prix aussi gigantesques tirent les parités de pouvoir d'achat de l'ICP de ces pays vers le haut. Mais elles ne concernent absolument pas leurs pauvres, qui ne peuvent s'offrir de telles prestations de service. Le résultat de la première conversion, à savoir qu'on vit mieux en Inde avec 6$ par mois qu'avec 30,42$ aux USA, est donc absurde si on reçoit pour cette somme beaucoup moins de biens de première nécessité.

De fait, lorsque l'on convertit le seuil de pauvreté dans d'autres devises, on doit prendre en considération les prix locaux des biens et des prestations de service, non pas à proportion de leur part de la consommation mondiale, mais en fonction de leur importance pour la satisfaction des besoins fondamentaux de l'homme.

Nous n'avons pas encore les informations sur les prix qui nous seraient nécessaires pour entreprendre de manière plausible des comparaisons internationales entre les pouvoirs d'achat. Les informations existantes relatives aux prix des produits alimentaires dans leur ensemble, au pain et aux céréales, ainsi qu'à d'autres biens de première nécessité, montrent toutefois que dans les pays pauvres, ceux-ci sont en moyenne 30 à 40% plus chers que ne le suggèrent les parités de pouvoir d'achat de l'ICP 



: 04/22/2008
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